made w/ love by Sacha André

Atelier

 

Les ateliers

Nu à l’atelier sculpture de Philippe Doberset

Nu à l’atelier

Il y a les ateliers, ces lieux indispensables.
Comme si c’était un préambule à la création, un lieu de soi, un espace onirique.
L’atelier c’est le lieu ou se croisent l’outil et la tasse à café.
Le lieu des copeaux, des copains.

J’ai souvenir de l’atelier de mon grand père tapissier, un lieu étroit, une fenêtre et un poêle à charbon. Un enchevêtrement de bois de fauteuils, des coupons de tissus. Un tabouret de cuir, un plateau meurtri de coups constellé de gouttes de colle. Une unique ampoule au plafond, Radio Luxembourg d’un poste à lampe à l’œil cyclopéen. L’ivresse de l’odeur de la colle de peau : un miel marron qui frémissait dans un bain-marie de cuivre sur le poêle. Une odeur prégnante mêlée aux senteurs de toile, de crin, de laine, de suif, de charbon et d’urine… car je crois bien que le grand père devait quelquefois pisser au fond dans l’arrière boutique….

Je fouillais la caisse à outils : un coffre de bois avec une grande sangle, un fouillis de marteaux et de pinces à tendre, des alènes, des tenailles, un gros maillet de bois, une étagère mince pour les petits outils. A l’envers du couvercle, une partie matelassée où s’alignaient les aiguilles courbes bien rangées et qu’il ne fallait pas toucher. Et des tas de petits objets indéfinissables, là depuis toujours, sans usage véritable, des petits riens mêlés aux clous dorés. Je déballais, il lui fallait ranger. Peu bavard, l’essentiel. Un clou en attente coincé au coin des lèvres. Il chantonnait tout le temps, rengaine indéfinissable comme une musique intérieure….

Porte ouverte subitement sur la lumière et le bruit de la rue. Ma grand-mère revenait des courses, son grand sac d’où dépasse le pain, son trousseau de clefs patinées par l’usage, un grand parapluie noir.

– Tu viens boire le café ?
– Et oui maman !
(Il appelait sa femme maman).

Grand père se levait, il était gigantesque du bas de mes cinq ans. Il remettait son béret pendu à un clou, ajustait sa grande blouse grise, se frottait les manches et les flancs, réveillant ainsi le cliquetis des délicieuses pastilles Pulmol logées dans leur boite de métal et qu’il avait toujours en poche.
Nous traversions la rue.
Ma grand-mère, les yeux bleus et la tête haute, son grand sac d’une main et moi pendu de l’autre.
Mon grand père aux grandes enjambées, le pantalon trop court et la longue blouse grise battue de vent.
Silhouette flottante, la chansonnette aux lèvres et la tête dans les nuages.